Hermann Kamte: le cerveau qui bat des records en architecture

 Jeune, créatif,  talentueux et brillant architecte Camerounais,  Hermann Kamte est l’auteur  de plusieurs chefs d’œuvre dont «Lagos Wooden Tower» le tout premier gratte-ciel en bois proposé en Afrique. Fondateur de HKA (Hermann Kamte & Associates). Avec plus de 7 distinctions a son actif, mais qui pense que ” Les prix sont des trophées ou des certificats, mais l’honneur c’est de l’émotion et de la sensibilité … Je ne veux pas être l’architecte africain le plus célèbre ou le plus récompensé … Je veux être l’architecte qui a apporté une contribution solide à la société avant pour l’Europe”

 

Racontez-nous un peu votre enfance?

 Je suis issu d’une famille modeste dans sa forme stricte mais on a toujours vécu dans la chaleur et la convivialité de la grande famille Africaine. Né le 20 février 1992, à Yaoundé au Cameroun, j’ai grandi à l’abri des besoins basic qui minent la société actuelle. Je me souviens par contre que nous avons toujours vécu dans des quartiers populaires de Yaoundé. Sur le plan académique, j’ai hérité de la méthode et du savoir-faire de ma tante « Clarisse ». Du primaire aux secondaires, j’ai presque toujours été le premier dans ma classe. Mais tout ceci n’est vrai qu’avant l’année 2009, c’est là le vrai basculement de ma vie d’adolescent.

Au courant de l’année académique 2008, mon succès scolaire a eu raison de moi, alors que je trouvais l’école un peu trop mécanique, je me suis lié de compagnie avec des élèves d’un genre étrange pour qui l’école n’était d’aucun intérêt. Ma seule fierté était de me considérer comme un entrepreneur, quelque chose que les années d’école avaient hormis de m’enseigner. En 2009 alors que je passais en Première mes résultats ont fléchi à tel point que j’ai connu mon premier échec scolaire ; 9.63/20 à la première séquence.

J’ai même été renvoyé de l’établissement. En 2010, en classe de Terminale, j’ai calmé le jeu et concilier mes deux études et les affaires. J’ai toujours été très proche de la lecture (Roman, comics, etc.), de cinéma, de dessin animés, la musique, de finance et politique. Je garde un joyeux souvenir de mon enfance. L’enfance ne celle pas le futur, mais comme tout édifice votre vie repose sur une fondation qui inéluctablement est votre enfance.

 

D’où est née votre passion pour l’architecture?

Ma passion pour l’architecture est née en 2011 à l’EAMAU (l’Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme) mais le rêve d’être un architecte est antérieur, il est plus loin logé dans mes folies d’enfance, d’adolescence.  Enfant, je me suis souvent projeté sur ses trois aspects en même temps ; le bâtisseur, l’homme d’affaire et le politique sans trop y donner un sens profond.

Mon premier contact avec l’architecture est né du programme «Mégastructure» de National Geographic Channel en 2004 ou 2005. C’était impressionnantde voir ce que l’homme peut faire avec du «sable et quelque cailloux» grâce à son ingéniosité. Un enfant ça rêve beaucoup, mais la réalité de la vie arrive à tuer la passion, les rêves et l’ambition des moins persévérants. Jusqu’en 2011 rien ne me prédisposait à devenir architecte et j’en étais même très loin de devenir.

Apres l’obtention de mon baccalauréat scientifique au sous centre du lycée de Mbala II à Yaoundé,  j’ai commencé des études universitaire à l’université de N’Gaoundéré. Je me suis lié d’amitié avec un camarade «Mohamad Ahmad Bargawi» chez qui je suis tombé par hasard sur les résultats de l’année antérieure du concours de l’EAMAU. Je me suis informé, j’ai en parlé avec des proches et mes parents, j’ai eu des conseils favorable et le temps de me décider, mon papa m’avait inscrit au concours dans la filière Architecture. Le vrai tournant de cette histoire est qu’à l’issu du concours j’ai terminé 24ème en Afrique et 6ème au Cameroun.

Le Cameroun en a choisi 5 donc j’étais hors liste et le premier sur la liste d’attente. C’est en Octobre 2011 que l’on contacte mon père pour lui tenir informé que le 5eme à désisté. C’est ainsi que je me suis retrouvé à Lomé au Togo en Novembre 2011 pour y débuté ma formation en Architecture. Voici Ma romance avec l’Architecture !

 

 Dites-nous comment devient-on architecte?

Déjà pour être un architecte il faut au préalable intégrer une école d’architecture, ensuite il faut suivre le cursus qui peut varier entre 04 ou 06 ans selon l’institution et la structure du programme. A l’issu du diplôme vous êtres Architecte, ça c’est ce que le grand public, maintenant qu’en est-il de ce qui est ?  L’erreur classique de l’apprenant est de croire qu’une fois sortie de l’école il est architecte ce qui n’est pas juridiquement faux mais le supérieur constitue la base pas le corps. Pour plein d’entre les jeunes diplômés se sera autour de 5 ans d’expérience qu’ils commenceront à cerner la profession.

Mais la plupart des architectes,  n’ont pas un réel succès avant la trentaine, c’est un métier qui demande un temps long d’apprentissage, de la patience et de la discipline.  A mon avis, je pense humblement que pour devenir un architecte ou plus loin un bon architecte il faut être ce que le sociologue appelle un «déviant».

Cette déviance n’a rien à voir avec de la criminalité au sens propre, mais elle prend tout son sens au sens figuré. Un architecte est un criminel des idées, il faut tuer les plus vieilles, émettre de nouvelles et être dans ce constant renouvellement pour éviter le statut quo. Cette procédure transforme le projet architecture, en une aventure.

‘If You Want an Easy Life, Don’t Be an Architect’ Zaha Hadid

 

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En tant que architecte africain, que pouvez-vous nous dire par rapport à l’architecture en Afrique?  

A côtés de difficultés spécifiques et inhérentes à chaque pays, le métier d’architecte a beaucoup d’avenir en Afrique, puisque en rapport à d’autres continents rien n’est encore véritablement fait. Il y a beaucoup de choses à inventer et réinventer, mais ça c’est une lecture transversale.

Une recherche approfondie montre que le chantier n’est pas chose aisé, dans beaucoup de pays il existe un gros déphasage entre mode de vie, pratiques urbaines, planifications urbaines, applications urbaines. Dans beaucoup de cas, il n’existe pas de textes, et dans d’autres cas quand ils existent, ils ne sont pas mis en pratique. C’est un véritable désordre.

Mais je pense qu’il y a une montée en puissance dans la rigueur de cette application, parce qu’on s’est rendu à l’évidence qu’on ne va pas s’en sortir à ce rythme. Certes, il faut féliciter les travaux qui se font déjà.

Les architectes africains ne sont pas les moins brillants, mais notre contexte nous expose dans des situations d’inconfort. Dans un monde en guerre des idées entre les continents, le nôtre à encore un manque de vision, sur ces priorités.

Toute l’attention couvre la politique, même les medias et forums censés informer de l’économie ou de la finance.  Ainsi, face à ces défis on comprend mieux que l’architecture a beaucoup d’avenir si vous voyez les choses dans la définition de Winston Churchill «Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté»

 

Projet par Hermann Kamte

 

Projet par Hermann Kamte

Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontées dans l’exercice de votre métier?

Dans la pratique en général, les difficultés sont de plusieurs ordres. Le Cameroun n’est pas un pays très docile dans la pratique de l’architecture, il est même complexe et difficile à cerner. Paradoxalement, il y a beaucoup de marché public mais très peu de concours pour y accéder, de plus la lecture de passation des marchés reste difficilement lisible.

Pour une jeune équipe d’architecte telle la nôtre c’est comme quitter des jeux Mario Kart pour s’essayer au Rubix’s Cube, ça vaut la peine mais ce n’est pas chose aisé.

Il y a la commande privée, elle est jeune, représentative mais fragile parce qu’elle n’est pas encore très avisée du rôle de l’architecte. Ici, l’architecte reste un incompris et l’architecture par conséquent un vrai mystère.

C’est difficile d’exercer dans un environnement ou ceux qui payent vos honoraires ne savent pas toujours pourquoi ils le font quand bien même vous prenez du temps pour le leur expliquer. La plus part des phrases de client commence par «vous les architectes…», il y a une vision très erronée de l’architecture. Les architectes sont très en retrait et les ingénieurs en première, le résultat et l’incident sur les villes camerounaises est très hideux. Nous y travaillons aux solutions, nous avons quelques pistes mais elles doivent faire leurs preuves véritables avant d’être dévoilé !

 

Votre société «Hermann Kamte Associates» HKA a eu à son actif plusieurs projets dont : une tour en bois de 87 m à Lagos, Nigéria. Dites-nous comment aviez-vous eu cette idée?

 

Hermann Kamte Projet

Lagos Wooden Structure

 

Avec une certaine logique, chaque projet raconte une histoire ou à raconter. La Tour en bois de Lagos s’inspire d’une série d’événements, y compris mais sans s’y limiter à la vision de la durabilité, des villes résilientes ou intelligentes, et enfin la mémoire du lieu ou de l’espace.

Au-delà, l’important est de pouvoir interpréter et retransmettre toutes ces images passées ou de l’histoire pour façonner l’avenir de la société. Le projet est donc influencé par ce contexte et de plus un aspect fort de la philosophie de travail chez HKA est que nous aimons bien intégrer la présence culturelle à notre processus de conception.

Je crois que pour chaque projet, les questions principales auxquelles il faut répondre avant le premier coup de crayon incluent : Que construisons-nous ? Pour qui ? Et pourquoi ? Je suis sûr que le même bâtiment avec le même matériau et le même programme architectural sera très différent s’il est situé à Londres, New York ou Shanghai.

Le contexte qui veut qu’à ce jour «Lagos Wooden Tower» soit le tout premier gratte-ciel en bois proposé en Afrique, redonne de la plus-value à la puissance d’un concept. Un aspect déterminant de la conception, est le respect de cette intégrité d’un peuple par la remise au premier plan de paramètres sociaux d’une entité culturel : celle yoruba. Brièvement l’idée de la tour en bois découle d’une succession de réponses, et c’est là, la vraie magie de ce projet !

 

Qu’est-ce qui vous inspire et vous motive?

 Que ce soit justifié ou pas, raisonné ou non, peu importe que ça ait du sens ou pas, je pense fermement que je peux contribuer à changer le monde grâce à mes créations. Je suis né et j’exerce dans un pays (Cameroun) où la société est confrontée à plusieurs défis.

Chaque jour est un combat perpétuel, ou une lutte à la survie pour une frange partie de la population dont très peu de solutions pour les satisfaire. Ma grande motivation est de contribuer à façonner un meilleur avenir et un bien-être au nécessiteux.

Je pense que notre travail d’architecte nous met en première ligne dans la responsabilité sociale. Une fois exécuté, un projet peut faire sourire tout un peuple et provoquer un changement substantiel dans leur vie.

 

Un mot à l’endroit de tous ces jeunes qui ambitionnent être architecte. 

A tous ces jeunes qui ambitionnent être architecte, je veux dire il y a de la place et le monde a besoin d’eux pour apporter des solutions pragmatiques aux problèmes dont il fait face. Contribuer au bien-être de vos semblables doit être une motivation suffisamment profonde pour embrasser ce métier, vous avez le droit et le devoir d’apporter votre signature à l’édification du monde.  Veillez à laisser une trace indélébile de votre passage.

« Ceux et celles qui sont assez fou pour croire qu’ils peuvent changer le monde sont en réalité ceux qui le font. » Steve Job Click To Tweet

Decouvrez les oeuvres de Hermann Kamte ici.

 

 

 

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