Richard Dansou, le maitre du noir et blanc

Né dans un petit village appelé Togbota-Oudjra, situé à Adjohoun (Bénin). Richard a une histoire de vie typique. Une histoire qui nous enseigne la foi en nous-mêmes, le courage et l’audace de prendre le chemin inconnu et d’apprendre chaque fois que nous en avons l’occasion.

Voir la lumière au bout du tunnel

Je suis né dans un petit village du nom de Togbota-Oudjra, qui est situé dans la commune d’Adjohoun. J’ai perdu très tôt mes deux parents. Mes études primaires ont eu lieu Togbota, mon village. Après l’obtention de mon Certificat d’Etudes Primaires (CEP), le Collège d’Enseignement Général (CEG Adjohoun m’accueillit pour mes études secondaires). Je fus renvoyé du collège en classe de 5è pour non-paiement des frais de scolarités. C’est dans cette phase sombre de ma vie que je rencontrai Mariette GARRABE-FERRAN, Présidente de l’ONG Amour Sans Frontières qui non seulement prendra pour moi une place de mère mais aussi exercera une influence sur moi en matière de photographie.

De la diplomatie à la photographie comment ?

Cela paraît vraiment spectaculaire comme revirement. Mais me connaissant cela ne m’étonne pas moi-même car je sais que j’ai un côté imprévisible. J’ai toujours depuis longtemps aimé un peu secrètement la photographie. Au cours de ma formation en Diplomatie, j’étais plutôt le genre d’étudiant très focalisé sur ses études. Mais une fois la formation finie, j’ai vécu une sorte de désillusion. Il fallait que je sois un peu plus réaliste dans ma façon de voir les choses. C’est ainsi que je fis trois options qui ont  beaucoup changé la suite des événements dans ma vie.

D’abord faire mon second cycle dans une autre filière que la Diplomatie. Ce fut la Gestion de Projets. Ensuite, passer à la phase active d’une secrète passion. Ce qui m’amena à acheter mon premier appareil photo le 31 décembre 2010. Et jusqu’à ce jour je n’ai cessé de me ruiner un peu plus pour mieux m’enrichir.

Enfin, aller travailler et avoir des expériences professionnelles tout en continuant d’apprendre en photographie.

D’où est née votre passion pour le noir et blanc ?

La passion du noir et blanc est venue quand j’ai découvert les logiciels du post-traitement et surtout lightroom. J’ai commencé par retoucher en noir et blanc les photos que je prenais parce que je trouvais cela fascinant. Mais il faut avouer que la vraie passion a été révélée par les internautes. Ils ont tellement apprécié mes noirs et blancs que je n’ai pas pu passer à autre chose. De même au fur et à mesure que j’avançais dans cette aventure un vaste boulevard, gorgé d’infinis possibilités s’offrait à moi.

Comment arrivez-vous à être créatif avec le noir et blanc ?

Avant d’être créatif en noir et blanc, il faut l’être d’abord de façon générale. Et la créativité chez moi vient du fait que j’observe beaucoup. Je me mets aussi dans le réseau de grands photographes qui m’inspirent beaucoup. Je m’évertue aussi à développer un rapport privilégié avec la lumière car moi elle est à la base de tout en photographie.

Comment êtes-vous arrivés à imposer le noir et blanc à votre public ?

D’abord j’ai eu la grâce de découvrir un public favorable à mon noir et blanc dès le début. Mais ce n’est pas suffisant. Il fallait élargir ce public et conquérir de nouveaux fans du noir et blanc. Pour y arriver, j’ai continué à faire et à montrer du noir et blanc. Le respect que je dois à tous ceux qui apprécient mon travail et l’amour que j’ai, moi-même pour le noir et blanc m’obligent à pousser ce type de photographie un peu plus loin.

Pour moi, cela passe par un style. Le noir et blanc est, comme toute autre matière, vaste. Il fallait me trouver un style propre à moi. Et dans cette quête je crois que j’y suis presque. Mais cela ne suffit pas. Il faut explorer d’autres nouveaux horizons de cet énorme et rich’art.

Et à bien y réfléchir, je suis tenté de penser que je n’ai rien imposé au public mais c’est plutôt le public qui m’a imposé le noir et blanc.

Quels sont les messages que vous essayez de véhiculer à travers le noir et blanc ?

Le noir et blanc aujourd’hui est comme une philosophie pour moi, une façon de poser mon regard sur le monde.

Ce que j’essaie de montrer de façon générale, c’est la capacité de ce style à transmettre l’émotion malgré sa simplicité. C’est la preuve que nous n’avons pas besoin de beaucoup de choses pour être heureux. Il me faut peu de choses pour faire une photo qui m’émeut moi-même car toute émotion que je projette est d’abord personnellement ressentie.

Dans un monde qui évolue à un rythme effréné et rempli de couleurs, le noir et blanc, comme dans une démarche nostalgique, vient rappeler que dans notre élan vers le futur, nous laissons parfois dans le passé des choses qui méritent d’être pérennisées.

Quels sont tes principes de réussite dans le domaine de la photographie créative ?

L’humilité pour moi est un principe de base. Car il nous permet de nous rendre compte de notre petitesse et de tout le travail qu’il nous reste à abattre. Oui, le travail compte beaucoup car je suis même tenté de dire qu’il n’y a de talent que de travail. C’est aussi important pour moi d’avoir des références qui ont un niveau très élevé dans le domaine car c’est très inspirant. L’ouverture en photographie est un aspect très important car elle nous permet de nous enrichir afin de restituer une vision novatrice de la passion.

Je dirai en dernier que l’œil est ce qui fait la différence entre les photographes. C’est en cela que je m’évertue à travailler mon sens d’observation et en la matière j’estime avoir encore du chemin à faire.

Angelique Kidjo

Couronnés par une palme récemment, fierté ou responsabilité.

Pour moi ce prix est beaucoup plus une responsabilité qu’une fierté. C’est un message pour me rappeler que ce que je fais désormais dépasse ma propre personne et que des regards même insoupçonnés parfois sont tournés vers moi. Je me dois non seulement de prouver que j’en étais à la hauteur mais mieux d’aller plus loin.

Aussi, connaissant mes attentes vis-à-vis de moi-même , ce serait manquer d’ambition que de faire le lit à une handicapante fierté. Je suis reconnaissant mais je dois retrousser les manches car il y a tellement à faire.

Richard Dansou

Que nous réserve le futur chez Darimage?

Sourire. Nul ne sait de quoi demain sera fait. Cependant, je pourrai dire que j’ai de vieux projets au placard qui gagneraient à être dépoussiérer. Aussi, je travaille à trouver les moyens de montrer un peu plus mon travail au public dans un cadre plus approprié que les réseaux sociaux. Et au-delà de tout ce que j’ai annoncé, par la grâce de Dieu, il y aura aussi d’agréables surprises. Moi- même, je croise les doigts en attendant ce qui va se passer car tout ne dépend pas de moi. Une bonne partie de ce qui se passera dépend de celui qui m’a donné ce talent et cette vision car c’est de lui que viendra également la provision.

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